Avis fin Jujutsu Kaisen : bilan d’un shōnen qui a tout changé
Il faut parfois attendre un peu après la fin d’une œuvre pour pouvoir en parler avec un peu de recul. Jujutsu Kaisen, ça fait maintenant plus d’un an et demi que le manga s’est terminé, le 30 septembre 2024, avec un chapitre 271 qui a enflammé les réseaux — et pas forcément dans le bon sens.
Avec le recul, je voulais faire le point. Parce que JJK, c’est pour moi un cas d’école : un manga qui a littéralement redéfini le shōnen moderne pendant cinq ans, avant de terminer en eau de boudin aux yeux d’une grande partie de sa communauté. Est-ce que ça invalide l’œuvre ? Est-ce que la fin était vraiment si mauvaise ? Et surtout, qu’est-ce qu’on retient, aujourd’hui, d’un manga de 271 chapitres qui a vendu plus de 96 millions d’exemplaires ?
Retour rapide sur le parcours
Gege Akutami démarre Jujutsu Kaisen en mars 2018 dans le Weekly Shōnen Jump. Rapidement, le manga s’installe comme l’un des piliers du magazine, aux côtés de One Piece et My Hero Academia. L’adaptation anime de MAPPA en 2020 fait exploser la notoriété de la série à l’international. La saison 2 en 2023, avec son arc de Shibuya, est considérée par beaucoup comme l’un des plus gros morceaux d’animation télé de la décennie.
Et pourtant, dès l’annonce de la fin fin août 2024 (avec seulement cinq chapitres pour conclure), le malaise s’installe. Le chapitre 271 a été lu plus de 600 000 fois en 24 heures sur Manga Plus, une performance comparable à la fin de My Hero Academia. Mais dans les retours, c’est la consternation qui domine.
Ce que JJK a apporté au genre
Avant de taper sur la fin, il faut rappeler ce que JJK a fait de fort, parce que c’est beaucoup.
Un système de pouvoirs d’une richesse folle. L’énergie occulte, les techniques innées, les extensions de territoire, les serments contraignants — Akutami a construit une mécanique de combat où chaque affrontement est un problème de stratégie et pas juste une escalade de puissance. C’est intellectuellement exigeant, et c’est rare dans le shōnen mainstream.
Une noirceur assumée. Dès les premiers chapitres, JJK annonce la couleur : les bons perdent, les protagonistes meurent, l’espoir n’est pas un droit acquis. L’arc de Shibuya a cristallisé cette identité avec des pertes qui ont marqué une génération de lecteurs. On ne lisait plus JJK pour savoir si le héros allait gagner, mais à quel prix.
Des antagonistes d’anthologie. Sukuna, Mahito, Kenjaku, Jogo, Geto — chacun avec sa philosophie, sa personnalité, ses motivations propres. Et surtout des dialogues qui tiennent. Les échanges philosophiques de Mahito sur l’identité de l’âme, les monologues de Kenjaku, la violence brute de Sukuna : ce ne sont pas des méchants de service, ce sont des voix qui prolongent le discours de l’œuvre.
Des combats animés qui ont changé la donne. On ne peut pas parler de JJK sans mentionner le travail de MAPPA. Le Gojo vs Jogo, le Yuji vs Mahito, et toute la séquence Shibuya : ce sont des passages qui ont redéfini le standard de l’action animée en 2020-2023.
Et puis la fin
Bon, rentrons dans le vif. Le dernier arc, la Bataille de Shinjuku, démarre très fort. Le Gojo vs Sukuna est un morceau de bravoure qui a tenu les lecteurs en haleine pendant des semaines. Les combats sont denses, les enjeux maximaux, et Akutami exploite enfin pleinement ses mécaniques.
Puis vient le dernier tiers. Et là, tout se délite.
Des personnages clés réapparaissent tardivement, sans préparation, pour expédier des résolutions qu’on attendait depuis des dizaines de chapitres. Le combat final contre Sukuna se termine dans une confusion technique qui a fait débat pendant des semaines sur Reddit. Le chapitre 271 lui-même est un épilogue rushé, un « back to normal » tellement brutal qu’on a l’impression qu’Akutami voulait juste en finir.
Les réactions sur X à la sortie du chapitre sont cinglantes. « J’ai jamais vu une fin de manga aussi rushée de ma vie », « quelle fin, je suis dégoûté » — on est loin de l’unanimité. Les journalistes plus mesurés du Fnac Leclaireur pointent des arcs laissés en suspens, des personnages sous-exploités, et surtout ce dernier chapitre qui ressemble à un pilote de spin-off plutôt qu’à une conclusion.
Pourquoi ça s’est passé comme ça ?
Aucune explication officielle n’a été donnée. Plusieurs théories circulent, et elles ne s’excluent pas :
La pression éditoriale. Ça ne serait pas la première fois qu’un mangaka se voit pressé de conclure — Bleach en a fait les frais à l’époque de Tite Kubo. La Shūeisha a ses impératifs, et JJK a peut-être été « bouclé » contre le gré d’Akutami.
La santé de l’auteur. Des rumeurs persistantes parlent de problèmes de santé chez Gege Akutami, qui expliqueraient une volonté de terminer proprement plutôt que d’étirer jusqu’à un Hunter x Hunter en pause indéfinie.
Un choix artistique. C’est peut-être aussi simplement sa vision. Akutami n’a jamais été adepte de l’explicite, a toujours privilégié les zones d’ombre, et la fin est peut-être exactement ce qu’il voulait — même si ça ne correspond pas aux attentes des lecteurs.
On ne saura probablement jamais. Mais il y a un fait indéniable : la promesse d’accompagnement narratif n’a pas été tenue pour une partie importante du lectorat. Un destin qu’a aussi connu Chainsaw Man, dont je parle dans mon avis sur la Part 2 de Fujimoto qui vient tout juste de se terminer.
Ce que j’en retiens, avec le recul
Je vais être honnête : sur le moment, j’étais déçu. Aujourd’hui, je suis plus nuancé.
La fin ne tue pas ce qui précède. JJK reste un manga extraordinaire sur ses 200 premiers chapitres. L’arc de Shibuya est un sommet du shōnen moderne. Les personnages qui y sont développés, les moments iconiques, la richesse du système — tout ça ne disparaît pas parce que les dix derniers chapitres ont été bâclés.
Une fin ratée fait plus de bruit qu’une fin réussie ne fait de compliments. C’est un biais classique. On se souvient des déceptions. Game of Thrones, Attack on Titan, Lost — chaque fois qu’une œuvre marque, sa fin est scrutée à un niveau délirant, et la moindre faiblesse est amplifiée.
L’anime va corriger le tir. MAPPA va adapter toute la dernière partie du manga, avec probablement une saison 3 et une saison 4. Et si le studio continue à bosser comme il l’a fait sur Shibuya, il y a fort à parier que l’adaptation animée va améliorer la fin par la mise en scène, le timing, les choix de mise en valeur. C’était déjà le cas pour certains passages de Shibuya. On peut espérer que la Bataille de Shinjuku animée tienne la hype.
Faut-il lire JJK aujourd’hui ?
Oui, franchement oui. Le manga fait 28 tomes chez Ki-oon en France, c’est un investissement raisonnable pour une œuvre majeure. La série est finie, tu n’as pas à attendre. Tu peux prendre le temps, apprécier la construction, voir les mécaniques se mettre en place, savourer Shibuya à ton rythme.
Lit avec des attentes ajustées sur la fin. Si tu sais que les dix derniers chapitres sont rushés, tu y vas prévenu, et tu peux même y trouver une forme de cohérence thématique (le monde continue, rien n’est vraiment résolu, tout recommence).
Si tu veux rester dans le registre shōnen moderne dense et sombre, jette un œil à Hell’s Paradise dans une veine similaire (Shonen Jump+, MAPPA, univers torturé), ou à Gachiakuta pour rester chez Glenat.
Mon verdict à tête reposée
Jujutsu Kaisen restera comme le shōnen qui a dominé les années 2020. Sa fin est décevante, c’est un fait. Mais elle n’invalide pas cinq années d’écriture, de personnages, de combats et de moments qui ont marqué la culture pop mondiale. Gege Akutami a pris ses fans en haute estime : exigeants, capables de supporter la noirceur, capables de lire entre les lignes. Il a parfois trop présumé, et la fin en paie le prix.
Mais si dans dix ans on cite encore Jujutsu Kaisen aux côtés de Fullmetal Alchemist ou Naruto comme un pilier du shōnen, ce ne sera pas pour le chapitre 271. Ce sera pour tout ce qui vient avant.
Et ça, ça ne disparaît pas.
FAQ — Fin de Jujutsu Kaisen
Combien de chapitres pour Jujutsu Kaisen ?
Le manga s’est terminé au chapitre 271, publié le 30 septembre 2024 dans le Weekly Shōnen Jump.
Combien de tomes pour Jujutsu Kaisen en France ?
La série complète compte 28 tomes chez Ki-oon. Publication terminée.
Pourquoi la fin de Jujutsu Kaisen a-t-elle déçu ?
Les principales critiques portent sur un rythme trop rapide dans le dernier tiers, des personnages clés réintroduits tardivement sans préparation, et un chapitre final épilogue jugé expansif et brutal.
L’anime MAPPA va-t-il adapter la fin du manga ?
Oui, les saisons 3 et probable saison 4 adapteront la Bataille de Shinjuku et les derniers arcs. Pas de date confirmée à ce jour.
Tu as été déçu par la fin ? Tu as relu la série depuis ? Tu attends l’adaptation de Shinjuku par MAPPA ? Viens en débattre en commentaires.
